27/11/2010

Bouviers patoisants et sloughis de salon

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Dans une excellente grammaire du patois vaudois, signée Maurice Bossard et Jules Reymond, qu’Eric Caboussat vient de rééditer*, on ne décline pas que la ronde des métiers d’antan ou celle des saisons. On y apprend à citer des proverbes, qui mettent à l’épreuve nos glotte et luette. Ce sont des sentences d’ici aux saveurs cressonnières, colorées d’un tintement presque provençal qui sentent notre sainfoin.

Leur incompréhensibilité ancienne leur confère une dignité druidique. Toutes sont charmeuses, mais je n’en prélèverai qu’une:

 

«Clli qu’avoué lè tsin sè cutse, sè lâive avoué lè pudze». Traduction: Qui se couche avec les chiens se lève avec les puces.

 

Il est vrai que ce n’est plus qu’à la campagne qu’on ne dort plus avec son chien. Contrairement aux bichons toilettés, gominés et parfumés des villes, qui ont accès libre à la couche de leur maîtresse (ou de leur maître), afin de combler un vide résultant d’un veuvage ou d’un célibat pas forcément volontaire, le chien de ferme continue de ressembler à un chien.

On pense d’abord au bon bouvier bernois, un des plus répandus par nos vallons et pénéplaines vaudoises. Il a généralement pour prénom «Frédo» ou «Blacky», un poids de 70 kilos et les sourcils roux d’un vieux juge débonnaire. Plus un plastron blanc comme neige, en forme de croix de saint André, mais effilochable à souhait comme les peluches pour nourrissons. Avec ça, il ne fleure pas le talc ni le lait d’amandes… Son rôle séculaire est d’aider le paysan à repérer les vaches dans les champs, les trier, puis les reconduire dans l’étable pour la traite. On l’a appelé jadis le «cheval du pauvre», car il avait aussi pour tâche de charrier des bidons de lait sur une carriole.

Non, ce n’est pas au pedzouillon «Frédo» qu’on aurait l’idée saugrenue d’offrir, au Noël qui vient, un collier de cristal Swarovski, un griffoir en passementeries, un pyjama canin en mousseline, un atomiseur de vétiver, ou une petite chapka en poil de ragondin de Saint-Pétersbourg.

Contrairement à ses aristocrates cousins de la ville, notre mastiff des champs n’a point perdu le sens du ridicule. Il reste chien.

Editions Cabédita, 264 p.