22/08/2011

Gilbert Coutaz, 30 ans de vigilance archivistique

Un port altier mais sans suffisance, des sourcils noirs expressifs et un accueil débonnaire dans son bureau directorial de La Mouline, à Chavannes-près-Renens. Ses fenêtres s’ouvrent sur des feuillus et un pré à vaches. «Plus pour longtemps: elles devront bientôt céder la place au futur bâtiment de Géopolis destiné à deux facultés de l’UNIL. Il y a 26 ans, lorsque les Archives cantonales vaudoises ont été installées ici, mon prédécesseur Jean Hugli et son équipe se sentirent un peu décentrés. Jusqu’alors, ils étaient rue du Maupas, au cœur du tissu urbain. En 1991, la ligne du TSOL - aujourd’hui M2 – les en rapprocha. L’agrandissement des grandes écoles puis, en 2010, l’implantation de l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) ont donné un coup de dynamisme à ce secteur de l’Ouest lausannois. Désormais, les ACV font partie d’un nouveau pôle de science.» Gilbert Coutaz y a pris ses fonctions en 1995, après avoir été, durant trois lustres, l’archiviste de la Ville de Lausanne. Si l’on compte bien, cela fait trente ans cette année que ce Valaisan de Saint-Maurice est préposé officiellement à la conservation, à la mise en valeur et à l’enrichissement de patrimoines vaudois. Avec un statut de professionnel à plein-temps – le regretté Jean Hugli, décédé en 2004, ne travaillait que huit heures par semaines.

Né il y a 57 ans dans la vieille cité agaunoise, d’un père fonctionnaire fédéral et d’une mère au foyer qui eut cinq enfants, Gilbert Coutaz fait ses écoles chez les chanoines de l’illustre abbaye. Le 22 septembre 1962, lors de la rituelle fête patronale de la Saint-Maurice, il a l’honneur d’incarner à huit ans le personnage du martyr, en une espèce de mystère théâtral. «Ces traditions m’ont imprégné.» Il en a 19 quand, débarquant à la Faculté des lettres de Lausanne, il devient plus perméable encore à de grandes voix littéraires: celles d’un Jacques Mercanton, d’un Michel Dentan, d’un Roger Francillon. De même, se souvient-il, sans rire, de «ces étudiants lausannois qui avaient l’élocution facile, alors que nous, émigrés du Valais, étions peu loquaces. Mauvais à l’oral mais meilleurs à l’écrit.» Des Valaisans taiseux intimidés par des Vaudois batoilles! Le cas est assez paradoxal…

Ce sont ses maîtres d’histoire qui aiguillent Gilbert Coutaz sur le beau «sacerdoce» d’archiviste, encore mal reconnu en Suisse. Au lieu de l’Ecole des Chartes, de Paris, ses mentors lui indiquent une académie germanophone autrement plus performante et prestigieuse, l’Österreichische Geschischtforschung de Vienne. Cet institut est un tremplin pour des diplomates de haut vol, mais il forme aussi des archivistes en ouvrant leur curiosité à ses branches aussi étoilées que la codicologie (l’étude des manuscrits reliés en codex), la paléographie, le latin médiéval, und so weiter. De retour en Suisse, Coutaz a pu ainsi perfectionner aussi son allemand. Après avoir été l’assistant de quelques profs d’histoire à l’UNIL, il n’a que 27 ans lorsqu’il est embauché, par l’intercession d’un syndic nommé Jean-Pascal Delamuraz, comme archiviste de la Ville de Lausanne. Son poste est si neuf que quelques administratifs du début des années quatre-vingts le trouvent «trop poétique pour être sérieux». Et Gilbert Coutaz doit se contenter d’un bureau peu confortable, mais empreint de charmes inoubliables (de poésie justement) à La Palud. Plus précisément dans la soupente du bâtiment de Seigneux, adjacent à l’Hôtel de Ville. Après un séjour au Maupas, cet opiniâtre Valaisan suracclimaté devient enfin notre archiviste cantonal, et dans l’élégante forteresse flambant neuve de la Mouline il réinsuffle rapidement un dynamisme soutenu à ses associés, désormais tous pros comme lui. Il accueille en stagiaires des étudiants de Dorigny ou de l’EPFL, et leur enseigne que les plus anciens parchemins peuvent être associés aux programmes informatiques les plus futuristes, qui le passionnent.

Mais pas autant que les trésors de notre héritage culturel et moral: depuis 1998, Gilbert Coutaz est une des chevilles ouvrières de RéseauPatrimoines, une association vaudoise qui vise à diversifier les métiers qui veulent sauvegarder notre mémoire.

 

  

Carte d’identité

 

Né le 11 février 1954 à Saint-Maurice.

 

Sept dates importantes

 

1979 Etudes à Vienne.

1981 Archiviste de la Ville de Lausanne.

1982 et 1985 Naissance de Simon puis de Manuel.

1991 Lance, avec J.-P. Chuard, Mémoire vive.

1992 Président du Conseil international des archives, Paris.

1995 Archiviste cantonal.