24/01/2011

Le bulbe exotique du château d’Aubonne

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On séjourne chez des amis Aubonnois qui, le temps d’une convalescence, vous offrent le gîte et le couvert (potage au cerfeuil, compote de raves, tarte au vin cuit…). Leur maison est très ancienne. Dès le potron-minet, on en fait le moins possible grincer l’escalier, sculpté dans le bois le plus noble, et l’on se retrouve dans le frimas de janvier. La Grand-rue est venteuse à rendre gémissants les chéneaux, et le méandre pavé des Fossés-Dessous s’évanouit sous votre pas tant il fait encore nuit. Or de cette pénombre-là ne peuvent surgir que des personnages historiques.

 

On y avise l’enseigne d’une venelle portant le nom du baron Jean-Baptiste Tavernier (1605-1685). Un commerçant français qui avait beaucoup voyagé en Turquie, en Perse, aux Indes, et qui fut le confident de Louis XIV. Il s’était enrichi en marchandant d’inestimables diamants bruts directement avec les mineurs eux-mêmes. Trois mots d’urdu ou d’hindi suffisaient pour galvaniser son entregent. Tavernier les revendait à Ispahan, au shah Abbas II – qui l’accueillit comme un ami. A d’autres princes orientaux. Enfin, au Roi-Soleil lui-même, dès son retour en Europe.

 

En 1670, Tavernier avait 65 ans, le roi de France 32. Le vieux baron subodorait-il que son suzerain si débonnaire devait un jour virer sa cuti? De confession calviniste, il quitta sa patrie 15 ans avant la révocation de l’Edit de Nantes et les persécutions de protestants qui s’ensuivirent. Il voulut finir ses jours en Pays de Vaud. Terre huguenote à souhait, et dont moraines lémaniques lui évoquaient des paysages arméniens… En rachetant, en 1670, le château médiéval d’Aubonne, il en fit rabaisser le donjon jusqu’à cinq mètres du sol. Sur ce soubassement, ses architectes érigèrent une tour qui intrigue encore, trois siècles après, l’observateur ferroviaire. Dominant les vignobles mamelus de La Côte vaudoise, on l’identifie par sa coiffe renflée «à l’orientale». Des historiens locaux prétendent qu’elle imite la coupole des mosquées de Perse. D’autres qu’elle est russoïde, à l’instar des dômes replets des églises moscovites. De plus avisés l’apparentent prosaïquement à un type de clocher fréquent en Souabe, ou dans les préalpes de l’Allgäu…