19/09/2011

Poupées vampires et crottes de chien

L’air est doux, il sent encore l’été. Même si, au marché veveysan du mardi, l’automne fait vermillonner le dahlia pompon dont ont dit que la sève est noire. La ronde des saisons garde sa cadence; tout le monde est content. Sauf quelques fabricants de jouets pour enfants, des «designers» rabat-joie diplômés de sociologie qui font les cornes au soleil, tant leur impatience est grande de voir tomber déjà des flocons décembre. Noël 2011, c’est dans plus de trois mois, mais ces «visionnaires» brûlent de vendre leurs nouveautés, forcément – mais routinièrement – révolutionnaires.

Pour des raisons qui probablement ressortissent à une problématique financière, des commerçants leur emboîtent le pas en organisant pour les familles des visites de «repérage». Vos loupiots y sont bienvenus. Ils verront leurs chers hélicos ou vaisseaux intersidéraux propulsés cette fois par un transfo hypertec qui en fera des robots volants; si majestueux à téléguider au crépuscule sur l’onde mauve du lac de Bret. Quant aux loupiotes, elles ne veulent plus de la fusiforme et anorexique Barbie, la poupée de leurs mères et grands-mères: «La vioque Barbie, c’est trop glamour…» Cette génération de fillettes lui préfère le style «trash» ou «gore» ou «gothic» de figurines moches et agressives… Des filles de Dracula, de Frankenstein; des créatures issues d’une vidéo «survival-horreur». Si les poupées d’antan leur inspiraient une ébauche d’instinct maternel, les actuelles leur procurent à ravir des pulsions destructrices de vampire.

Dans le cerveau spécial de ces concepteurs de jouets, la vogue du sanguinolent semble faire bon ménage avec une autre, moins cruelle, et qui a pour cible nos mouflets de 4 ans. Soit au sortir du stade anal. C’est à leur intention que vient d’être inventé le chien Toutou Rista: il mange de la pâte à modeler et la rejette par son popotin. Dans le kit, on trouve aussi une pelle destinée au ramassage de crottes artificielles jaunes. Un jeu-concours, qui fait déjà fureur en Allemagne, aux Pays-Bas et en France. Au môme qui en récolte le plus reviendra la médaille du maître de chien le plus propre. Tel est le génie de ce qu’on appelle désormais la ludéoducativité.