18/09/2010

Yverdon à la fin du XVe siècle

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En cette année 1480, la cité fondée par les Savoyards trois siècles plus tôt comptait 316 «feux» ou habitations. Soit quelque 1800 Yverdonnois – aujourd’hui, ils sont plus de 26 000. Peu élevés et clairsemés, ces logements étaient la plupart pourvus d’une façade chaulée de tons laiteux, d’un jardin potager ceints de murets, ainsi que d’une grange fermière toute en bois. Yverdon sentait alors le chou, le panais et la carotte, le sainfoin des fourrageurs; mais avait aussi des relents de bouse. Un cachet olfactif tout à la fois urbain et campagnard, comme la plupart des communes de sa dimension en Europe. L’été et les canicules y faisaient bourdonner davantage de moucherons et de moustiques qu’aujourd’hui, car son réseau de rus, ruisseaux et canaux était plus dense, situé presque au même niveau que les terres émergées. En période de crues, les murs de la ville servaient aussi de digues. Il a fallu attendre la correction des eaux du Jura, en 1879, pour que le lit des cours s’abaisse enfin, de deux mètres et quelque.

 

Surplombant une spacieuse maquette –

réalisée en juin passé dans le cadre de

 la modernisation du Musée d’Yverdon et

du 750e anniversaire de la fondation de la

 cité* – le château de Pierre II de Savoie

, alias le Petit Charlemagne, venait d’être

 relevé quatre ans après son incendie en

1476 lors des guerres de Bourgogne.

Sa réduction en liège aggloméré a été parée

 de toitures tardives (elles ne furent en

réalité achevées qu’en 1507).

Sinon, la ville est reconstituée telle qu’elle

 fut en la seconde moitié du XVe siècle.

Le faubourg de la Plaine était alors protégé

 à l’ouest par de hauts bastions; à l’est pas un

 fossé qui, depuis, a été remblayé: c’est

l’actuelle rue Saint-Roch. Quant au port de

la ville, il ne se situait pas au bord de

la Thièle mais sur un de ses bras anciens,

comblé désormais par la celle de

la Maison-Rouge, et qui permettait d’arrimer

 les barges commerciales au pied

même du château.

 

Ce château, joyau architectural,

 n’est pas le seul vestige inchangé,

ou presque, de ce temps-là. Au XVe siècle,

la configuration de la capitale du Nord

vaudois était déjà estampée par trois axes

principaux de circulation qui lui sont restés:

 la rue du Lac, celle du Milieu

et la rue du Four.

 Une «patte-d’oie» urbanistique exceptionnelle,

vieille d’un demi-millénaire! Les historiens

 s’en ébahissent, dont Daniel de Raemy,

qui a récolté, avec méthode et sapience,

tous les éléments de ce puzzle rétrospectif

– tandis que son compère maquettiste

 Jean-Fred Boekholt les mettait en relief.

Des curiosités imprévues les ont enchantés

davantage: en farfouillant dans les archives

cantonales, ils sont tombés sur des registres

de cette époque où chacun des 316 propriétaires

yverdonnois déclarait sa maison, y indiquant

 la longueur de sa façade, et la situant

à un centième d’arpent près par rapport

à celles du voisinage. Du coup, le kaléidoscope

se mit à bouger…

La découverte la plus spectaculaire

fut l’emplacement exact, détaillé

et complet d’anciennes casernes à l’ouest:

leur site occupait deux petites îles,

qui furent couvertes d’ habitations.

De Raemy l’avait déjà intuitivement repéré

 il y a neuf ans dans un livre sur

l’«Histoire d’Yverdon» qu’il cosigna

avec Carine Brusau (Schaer Editeur, 2001).

Les vrais historiens flairent le passé.

 

(*) Salle ouest du Musée d’Yverdon.

 

www.musee-yverdon-region.ch

 

 

 

 

 

 

De l’exactitude et un peu de magie

 

 

Pour confectionner ce paysage réduit d’Yverdon

au XVe siècle, Jean-Fred Boekhold a travaillé

durant plus de 800 heures. Cet artisan était rompu

à l’exercice, puis qu’il avait déjà reconstitué Neuchâtel

à diverses époques, ainsi que Bulle ou Le Landeron.

Sa nouvelle maquette a une superficie de 160 x 89 cm.

 Il a recouru à un facteur d’échelle 1/1000, en se

fondant sur un relevé topographique datant de 1747.

 

Au fur et à mesure que Daniel de Raemy lui

transmettait ses données historiques, il phosphorait

en calculs planimétriques et volumétriques, puis

redevenait manuel en fabriquant ses dénivelés avec

du liège aggloméré de 1 mm d’épaisseur; avec du plâtre,

de la colle, du scotch de carrossier.

Plus, certainement, des matières occultes de son invention:

les maquettistes médiévistes sont un peu sorciers…

Il lui a fallu une palette de dix couleurs pour différencier

les types de terrain.

 

Pour recréer les 316 habitations, il a modelé près

de 600 pièces de maçonnerie miniaturisées.

1420 arbres fictifs ont été plantés. Quant aux

enceintes d’Yverdon, qui étaient longues de deux

kilomètres, Maître Boekhold les a refaçonnées

sur un pourtour de 207 cm.