18/12/2010

Stéphanie Bédat, Mélusine des musées

La Nuit des musées, dont la dernière édition lausannoise a eu lieu le 25 septembre passé, est une invention allemande: Berlin l’a allumée la première fois, en 1997. D’autres capitales culturelles ont repris le flambeau, mais ce n’est qu’en 2001, un an après Vevey - et suite à une motion du conseiller communal socialiste Grégoire Junod – qu’elle a été accueillie à Lausanne. Visant à populariser la culture, elle n’intéressa d’abord que 3500 visiteurs. Neuf ans après, ils sont 16 000 à affluer dans 23 musées entre 2 h. de l’après-midi et 2 h. du matin. «Un taux désormais plafond, mais considérable, dit Stéphanie Bédat. Un essor rapide, un peu trop: ça implique de nouveaux questionnements, des réévaluations.» Cette historienne d’art ne préside l’Association de la Nuit des musées de Lausanne et Pully que depuis l’automne 2002, mais elle est la cheville ouvrière. Sa gracilité diaphane, sa chevelure auburn (elle évoque la fée rousse des peintres préraphaélites anglais) et sa timidité cachent une force de caractère, un flair d’organisatrice. Marie-Claude Jequier, alors chef du Service culturel de la Ville, ne pouvait choisir meilleure timonière pour nos nuits muséales. Elle avait apprécié ses ténacités quand elle bûchait minutieusement à l’exercice d’un mandat communal, celui d’une évaluation des bourses d’encouragement en matière d’art plastique. Or Stéphanie Bédat, qui abandonnera son poste à la fin de 2011, ne se félicite de son appoint à la Nuit des musées que pour les efforts de son équipe à la rendre attrayante, accessible aux familles, aux personnes de langue étrangère, aux gens souffrant de déficiences visuelles ou intellectuelles. «Nous sommes dans un laboratoire d’expériences spontanées.»

Sinon, elle est un parangon de modestie qui rosit aux compliments. Vertu éminemment vaudoise. C’est dire si en trois lustres, cette Jurassienne s’est acclimatée à notre mentalité, tissée de retenues et de litotes. Née à Bienne, Stéphanie Bédat vit son enfance dans le quartier de Bosjean, près de la patinoire où elle adore patiner. Ses deux frères y font du hockey. Papa est typographe dans une imprimerie, trime dur et cause politique à la table familiale. Sa fillette s’en souviendra. En attendant, sa juvénilité la porte vers d’autres vocations: un prof de dessin au Gymnase de Bienne organise des excursions dans les musées de Suisse. Il enflamme ses élèves pour la puissance des images, Stéphanie est subjuguée. Elle rêve de devenir une artiste, surtout lors d’un inoubliable séjour à Londres, peu après sa matu. Mais c’est à Lausanne, où elle s’installe à ses vingt ans (1986) et après un refus d’être acceptée à l’Ecole des beaux-arts, qu’elle comprend que ce destin glorieux lui est interdit. Contre cette mauvaise fortune, elle ne fait pas bon cœur, elle fait mieux: «Si je ne suis pas dans l’image, je serai face à elle.» Aussi se plonge-t-elle dans l’histoire de l’art à l’UNIL, avec un seul regret: «On n’y apprenait que des abscisses et des ordonnées par rapport à l’artiste, à son œuvre et à l’histoire. Manquait l’aspect émotionnel de l’image. On n’y invitait rarement les créateurs.» Elle en rencontrera un de son choix et de près, durant de longues semaines sur les hauteurs de La Chaux-de-Fonds: le très romantique peintre et sculpteur Martin Disler, qui mourra à 47 ans en 1999, six ans après que Stéphanie Bédat lui eut consacré son mémoire de licence. Elle aura eu l’honneur de l’accueillir, parmi d’autres artistes écorchés comme lui, dans une galerie lausannoise qu’elle a dirigée de 1989 à 1997 avec quatre collègues. Une période fertile.

Manifestement, Stéphanie adore se remettre en question, «se repositionner». En 2006, alors qu’elle gère depuis 4 ans la Nuit des musées, elle décroche un master à l’Institut des hautes études en administration publique, se fait embaucher au Parlement fédéral comme rédactrice par la commission de gestion. Et depuis deux ans, elle est secrétaire de commission parlementaire au Grand Conseil vaudois. Elle n’est pas encore vraiment entrée en politique, mais ça la tente.

La flamme civique qui s’est rallumée en elle bougonne comme la voix de son papa.

 

Carte d’identité

 

Née le: 14 décembre 1966, à Bienne.

 

Cinq dates importantes

 

1993. Mémoire de licence à l’UNIL sur l’artiste Martin Disler.

 

2001. Collabore au projet d’Expo.02 - département des publications et projet du livre officiel.

 

 

2002. Commence à présider l’Association de la Nuit des musées de Lausanne et Pully.

 

2004 Naissance de sa fille Eléonore. Eliseo naîtra cinq ans après.

 

2006 Obtient un master à l’IDHEAP.