01/10/2010

Saint-Paul, une paroisse qui brasse les ethnies

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Le 9 janvier 1910, le pasteur Jules Savary préside la cérémonie de dédicace d’une église protestante flambant neuve. Sise au 41 de l’avenue de France, elle va servir de relais occidental au temple, bien plus ancien (reconstruit en 1717) de Saint-Laurent, et le désencombrer de ses fidèles du centre-ville, qui affluent chaque dimanche plus nombreux. Lausanne est alors peuplée de 50 000 âmes (aujourd’hui elle en a plus de 130 000). L’Eglise nationale n’y est encore représentée que par une seule paroisse, scindée en quatre sections possédant chacune son lieu de culte: la Cathédrale, Saint-François, La Croix-d’Ouchy et Saint-Laurent justement. Le 10 mars 1910, elles deviennent des paroisses à part entière, en même temps que le temple de Chailly-Village et la nouvelle église Saint-Paul.

La «section» qu’elle doit desservir regroupe alors les Bergières, le complexe prestigieux de l’Asile des Aveugles (actuellement Hôpital ophtalmique Jules-Gonin), le Maupas et Valency, avec sa promenade en lacets. Soit une agglomération de 9000 fidèles - 2000 familles vivant dans 500 maisons. Autant qu’Yverdon, la deuxième ville du canton… Son bâtiment en maçonnerie apparente et en baies néogothiques a été érigé sur une parcelle de 1000 m2 par les architectes Charles Mauerhofer et Adrien Van Dorsser, en contre-haut des dernières vignes de l’avenue d’Echallens. La patine des âges lui conférera une silhouette de bon vieux chien. En 1923, elle s’enrichit d’un premier orgue. Manufacturé par les facteurs zurichois Kuhn, de Maennedorf, il sera avantageusement remplacé en 1986 par un buffet imposant à tourelles d’orgues Felsberg, sur lesquelles joueront des interprètes de pointure internationale. Suivra une période de déclin (faute de subventions) qui perdure: «En moyenne, cet orgue ne sonne publiquement que deux heures par mois», s’insurge son titulaire Pierre-Alain Clerc dans une brochure parue en août 2010 pour commémorer le centenaire de la paroisse.

On y lit aussi, sous la griffe brillante de Jean-Bernard Racine, l’évolution urbanistique et sociologique de la section Maupas-Valency, cette excroissance occidentale du cœur de la capitale vaudoise. Un patchwork suburbain remodelé par l’histoire qui deviendra un laboratoire de métissage ethnique. Pourquoi faire une église? s’interroge le prof de l’UNIL. «Pour créer du lien!» A l’orée du XXIe siècle, cette multiethnicité s’innervera de questions d’appartenance religieuse, de rattachements spirituels. Les 32 successeurs du pasteur Jules Savary s’évertueront à y répondre. Notamment en accueillant, il y a 30 ans, la première communauté évangélique réformée vietnamienne de Suisse, qui partage encore les locaux de l’avenue de France.

En 1980, le pasteur Nguyen Cong Huan y trouve, avec sa famille, la plus accommodante des hospitalités, car d’entrée on l’autorise aussi à poursuivre son ministère. Il a été une victime des persécutions des communistes du nord de son pays, après la chute de Saigon et l’exode en navigation de fortune de 1975 qu’on appelle la tragédie des boat people. Jusqu’à son décès, en mai 2009, il s’efforcera (hélas sans grand succès) de rassembler dans la prière ses compatriotes, de confession protestante ou non, dans ce sanctuaire dédié à Paul de Tarse, l’apôtre posthume du Christ. L’auteur des Epîtres avait, lui aussi, affronté les grands périls de la mer.

www.100ans-st-paul-lausanne.ch

 

Les 175 ans du Valentin, un fief apostolique

 

Le 11 septembre passé, un jour avant la commémoration du centenaire de Saint-Paul- Bergières, les catholiques d’un quartier limitrophe célébrèrent les 175 ans de l’église du Valentin - lire 24 heures du 13 courant. Elevée, en 1992, par Jean-Paul II au rang de basilique, elle est le plus ample sanctuaire catholique de la capitale vaudoise.

Longtemps interdite par le régime bernois, la messe se célébrait en cachette, jusqu’au jour où l’Indépendance vaudoise allégea les contraintes confessionnelles. Une Française en exil, Marie-Eléonore d’Olcah, en profita pour léguer une part de ses biens à l’édification d’une église romaine «convenable» à Lausanne. En 1828, le Conseil d’Etat vaudois respecta ses vœux, confiant le projet à l’architecte Henri Perregaux qui fut relayé, un siècle plus tard, par Fernand Dumas. A cette époque (1934) fut réalisée la fresque du chœur, œuvre puissante du peintre futuriste italien Gino Severini. Rappelons qu’une loi vaudoise de 1810 ayant interdit aux catholiques de construire des lieux de culte trop visibles, le Valentin ne se dota d’un clocher qu’en 1932, après un assouplissement de celle-ci.