12/10/2011

Du Léman au lac Ladoga...

Par certains matins d’octobre, les brumes lémaniques crèment et blanchissent jusqu’à faire disparaître les Alpes d’en face. Volatilisées la Dent-d’Oche et les Mémises! Aux enrochements de Vidy, on se croirait sur les rives frissonnantes d’un lac russe. Je pense à celui qui s’évase au nord-est de Saint-Pétersbourg: le Ladoga est une mer d’eau douce étale, couleur d’étain sous un ciel surbaissé. Son émissaire principal est la Neva, le fleuve de Pierre le Grand. Il est gelé six mois par an tout comme notre illustre patinoire de Malley, mais en plus vaste: sa superficie englobe 30 fois celle du Léman; et les forêts de bouleaux qui l’entourent sont hantées par des loups. Attention, rien à voir avec nos rares loups du Chablais – que des écolos débraillés, au volant de vieilles deux-chevaux, auraient introduits en Suisse exprès pour égorger nos moutons. Leurs cousins de la taïga dédaignent la chair ovine. Le froid sibérien qui les affame les rend hippophages, voire anthropophages, au point qu’il leur arrive de dévorer en moins d’une nuit une troïka entière, avec ses trois chevaux, son cocher et ses passagers…

Un scénario d’épouvante qui ne se produirait jamais entre Villeneuve et Genève. Car tout y est si bien domestiqué depuis des siècles. Le climat est plus clément; quand bien même j’ai rencontré deux élégantes immigrées au cœur tsariste, qui s’enrhument au moindre courant d’air sur les terrasses de Vevey et Montreux. Tout en restant prolixement nostalgiques de la «chaleur humaine» qu’exhalait leur hiver russe chéri, elles abominent la gamme tempérée et variable de notre climat.

 

 

-     Chez nous, le froid était plus franc. Nous l’affrontions les yeux dans les yeux. Ici, il vient par-derrière; il attaque perfidement notre épine dorsale.

 

-     Pourquoi vous êtes vous installées sur la Riviera vaudoise plutôt qu’en France, sur la Riviera tout court?

 

-     Le tsar Alexandre III envoyait régulièrement en cure sa famille dans les salines de Bex. Nos plus grands créateurs ont séjourné à Montreux: le musicien, Stravinski, les écrivains Dostoïevski, Nabokov, etc. Et dans l’église russe Sainte-Barbara de Vevey, il y a une icône de l’ange Gabriel qui nous protège, avec son épée étincelante.