08/06/2011

Un «jardin instinctif» aux Grangettes

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En cette période solsticiale, trop de sécheresse désespère l’agriculteur, comme tous ceux qui aiment la nature. Gérard Bonnet, qui vit depuis 32 ans dans une ferme située au cœur de la réserve naturelle des Grangettes, entre Villeneuve et Le Bouveret, en fait partie. A l’aube, il s’avance sur le ponton sinusoïdal qu’il a construit de ses propres mains au bord de la roselière et lève sa barbe sombre vers le ciel du Léman pour quémander de l’orage. De l’orage, des torrents de pluie… Quand le miracle se produit, les frênes immenses qui surplombent le délicieux «jardin instinctif» qu’il a créé en 1999 sur les brisées désastreuses du mémorable ouragan Lothar, l’en remercient. Une averse donne enfin à boire à ces arbres protecteurs; les vents pluvieux désankylosent leurs ramées, et toutes les plantes de Gérard Bonnet, vivaces et arbustes, se désaltèrent. Au retour du soleil, elles libéreront une symphonie d’effluves répondant au camaïeu vert et rouille des hostas qui composent le couvre-sol. La fragrance la plus vanillée, un chouia gingembrée, que j’y ai respirée le jeudi de l’Ascension, provenait des étamines fauves d’une rose à l’ancienne – donc à floraison unique – dont les pétales blancs sont translucides. On l’appelle Sourire d’orchidée (image d’en haut). Se décline une gamme de 120 autres rosiers au charme désuet, en compagnie de pivoines de Chine, d’anémones japonaises, de géraniums à sépales bleus. Au centre du labyrinthe, que le jardinier a développé au gré de son instinct, donc sans plan préalable, on tombe sur un carrefour végétal, où ses cultures sont jalonnées-balisées par de monuments insolites en ferraille oxydée. Cela en alternance avec des branches de bois flotté, prélevées dans le lac proche et qui sont douces au toucher comme la pierre fine des camées. Et sur le mur ocre de sa maison il a laissé de dessécher naturellement le squelette d’un lierre qui a fini par se moulurer tout seul comme l’agate sculptée des vieilles églises.

 

Au cap de l’an 2000, Gérard Bonnet a renoncé douloureusement à sa passion de photographe-explorateur, troquant ses lourds appareils contre la bêche et la binette. Mais dans son modeste carré fleuri, il recrée sa Toscane bien-aimée, les paysages d’Islande et d’Ecosse qu’il a tant photographiés. Comme aurait dit Cortazar, le visiteur y fait le tour du jour en 80 mondes.

 

De mai à octobre, entrée libre. 079 471 91 11.