17/05/2019

Parler en public sans gêne ni couacs

A l’école d’une commune joratoise, les camarades de «Fafa» le conspuaient car, à 5 ans, il ne pouvait pas  répondre «présent» sans bégayer à l’appel de son vrai prénom, qui était Fabien. Le pasteur Grognuz aida l’éploré à ne plus avoir honte de son handicap - un traumatisme contracté lors d’une dispute entre ses parents. Avant de le confier à une orthophoniste d’Yvonand qui lui réenseignera le goût des mots, le ministre de Dieu lui fit lire des pages de la Bible où le grand Moïse lui-même se plaignait d’être bègue: «Seigneur, j’ai la bouche lourde et la langue pesante! » (Exode 4, 10-17).

Plus tard, «Fafa» apprit que cette douleur qui obstrue la parole avait affligé d’autres grands acteurs de l’aventure humaine: un Aristote, un Darwin, un Einstein. Et puis l’empereur romain Claude, Napoléon Ier, voire l’actrice Marylin Monroe! Des âmes forcenées qui ont su franchir l’obstacle jusqu’à tournebouler la pensée universelle. Ou en prenant le pouvoir politique sinon celui, plus redoutable encore, du charme féminin. 

 

Comment se rattacher à de si fulgurantes trajectoires? Cette gageure commence à intéresser des étudiants de Dorigny qui ne bredouillent pas (même s’ils dégoisent un français estropié dans leurs iphones) mais que la rhétorique fascine par sa théâtralité pipolesque sur les tréteaux ou à la télé. Parmi leurs modèles récents, des avocats genevois aux effets de manche et au verbe pédant de petits marquis moliéresques. Moins ampoulé, plus franc, fut celui de Démosthène, l’ancêtre de tous les tribuniciens: au IVe siècle avant J.-C., cet Athénien au front de marbre parcheminé mâchouillait des galets pour fluidifier sa voix et se faire comprendre par tous.

 

Mais il n’y a pas que des universitaires qui rêvent de bien parler en public. Lily Vuiserens, du hameau des Biolles, ira coûte que coûte clamer ses revendications féministes sur une estrade de la Riponne à l’occasion de la grève des femmes le 14 juin prochain. Alors que Samy, son ex-mari, dira tout le mal qu’il pense de ce mouvement devant un auditoire de phallocrates acquis à sa cause. 

Las! les deux ignorent l’art de tourner un compliment hypocrite, celui de simuler une colère en pinçant les lèvres, ou de lever les bras pour dramatiser ce qui n’en vaut pas la peine. 

Leur pusillanimité est si joliment vaudoise!

 

 

 

 

Parler en public sans gêne ni couacs

A l’école d’une commune joratoise, les camarades de «Fafa» le conspuaient car, à 5 ans, il ne pouvait pas  répondre «présent» sans bégayer à l’appel de son vrai prénom, qui était Fabien. Le pasteur Grognuz aida l’éploré à ne plus avoir honte de son handicap - un traumatisme contracté lors d’une dispute entre ses parents. Avant de le confier à une orthophoniste d’Yvonand qui lui réenseignera le goût des mots, le ministre de Dieu lui fit lire des pages de la Bible où le grand Moïse lui-même se plaignait d’être bègue: «Seigneur, j’ai la bouche lourde et la langue pesante! » (Exode 4, 10-17).

Plus tard, «Fafa» apprit que cette douleur qui obstrue la parole avait affligé d’autres grands acteurs de l’aventure humaine: un Aristote, un Darwin, un Einstein. Et puis l’empereur romain Claude, Napoléon Ier, voire l’actrice Marylin Monroe! Des âmes forcenées qui ont su franchir l’obstacle jusqu’à tournebouler la pensée universelle. Ou en prenant le pouvoir politique sinon celui, plus redoutable encore, du charme féminin. 

Comment se rattacher à de si fulgurantes trajectoires? Cette gageure commence à intéresser des étudiants de Dorigny qui ne bredouillent pas (même s’ils dégoisent un français estropié dans leurs iphones) mais que la rhétorique fascine par sa théâtralité pipolesque sur les tréteaux ou à la télé. Parmi leurs modèles récents, des avocats genevois aux effets de manche et au verbe pédant de petits marquis moliéresques. Moins ampoulé, plus franc, fut celui de Démosthène, l’ancêtre de tous les tribuniciens: au IVe siècle avant J.-C., cet Athénien au front de marbre parcheminé mâchouillait des galets pour fluidifier sa voix et se faire comprendre par tous.

 

Mais il n’y a pas que des universitaires qui rêvent de bien parler en public. Lily Vuiserens, du hameau des Biolles, ira coûte que coûte clamer ses revendications féministes sur une estrade de la Riponne à l’occasion de la grève des femmes le 14 juin prochain. Alors que Samy, son ex-mari, dira tout le mal qu’il pense de ce mouvement devant un auditoire de phallocrates acquis à sa cause. 

Las! les deux ignorent l’art de tourner un compliment hypocrite, celui de simuler une colère en pinçant les lèvres, ou de lever les bras pour dramatiser ce qui n’en vaut pas la peine. 

Leur pusillanimité est si joliment vaudoise!

 

 

 

 

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