12/04/2021

Aux flammes, la civilisation antique!

Rassurons-nous, cette incitation d’ostrogoth n’émane pas des instances cantonales vaudoises qui supprimeront, dès l’automne dans nos gymnases, les cours de culture gréco-latine. Elle provient de prestigieuses universités étasuniennes où, depuis deux ans, souffle une idéologie virale à mille variantes qui s’évertue à déprécier, blâmer, voire à «détruire par les flammes» (sic) l’héritage occidental de l’Antiquité. Si l’on en croit un intervenant bien documenté de Figarovox*, un prof d’histoire romaine de Stanford fut très applaudi déjà en janvier 2019 par son auditoire californien pour avoir voué sa propre discipline à une «mort rapide» en affirmant: «La production de la blanchité réside dans les entrailles même des classiques.» A la même antienne racialiste, la rédactrice en chef d’une revue collective Eidolon ajouta un piment féministe dénonçant «une discipline historiquement impliquée dans le fascisme et le colonialisme, qui continue d'être liée à la suprématie blanche et à la misogynie.» Et, à l'université du Michigan, une doctorante en histoire de l'art et archéologie, de conclure: «Les classiques sont toxiques!»

En comparaison, la décision vaudoise de biffer des grilles gymnasiales deux heures de civilisation antique a des allures de mesurette, un tantinet désinvolte, mais aucunement irrévérencieuse envers les grands héritages d’Athènes et Rome. Encore aux antipodes (jusqu’à quand?) des inquisiteurs enragés de cette «Cancel culture» d’outre-Atlantique qui veut plonger le monde dans un cauchemar orwellien, nos édiles cantonaux n’auraient qu’obéi à des injonctions fédérales. Et comme pour se dédouaner, ils offrent la solution palliative d’enseigner ces matières via d’autres disciplines, telles la philosophie, le français ou l’histoire. Une solution aussitôt rejetée par de nombreux enseignants et intellectuels, car insuffisante: on n’explique pas en deux coups de cuillère à pot l’Iliade et l’Odyssée, ainsi que l’influence d’Homère sur toutes les littératures mondiales (notamment en 2011, sous la plume de Maïlau de Noray-Dardenne, une Française vivant au Mali). Non, l’histoire polymorphe de la Méditerranée, de l’Egypte ancienne à l’avènement du christianisme, ne se résume pas! Il faut des heures spécifiques pour expliquer les évolutions linguistiques qui ont donné naissance au français, ou analyser les philosophies premières qui ont largement inspiré les contemporaines.

Elles aident aussi à suivre avec acuité les séries télévisées Xena la Guerrière et Spartacus. Sans oublier les albums d’Astérix.

 

*kiosque.lefigaro.fr › le-figaro › 2021-03-11