03/03/2010

Benoît XVI, ses prédécesseurs et un renégat

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Petite méditation sur la papauté, après une lente conversation place Plainpalais avec un ancien homme d’Eglise. Un catholique valaisan barbichu aux yeux d’or qui n’a que des mots durs envers l’Institution qu’il a quittée, mais qui en aime le Christ davantage…

Ne les ayant point notées, je reproduis de mémoire ses paroles en les tamisant la moindre. (Elles étaient plus saignantes)

 

 

Ne pas aimer Benoît XVI, le pontife qui s’évertue à détruire (avec plus de détermination encore que son prédécesseur Jean-Paul II) l’œuvre salutaire, humaine et moderne d’Angelo Roncalli, alias Jean XXIII, est une chose. Reconnaître en Joseph Ratzinger, l’homme qui raisonne sous la soutane liliale, une réflexion humaniste de haut vol, en est une autre. Sa perspicacité de licorne, sa technique argumentative qui parvient à me charmer jusqu’aux larmes, il ne l’avait point héritée à l’heure de son élection par le conclave, le 19 avril 2005, il y a bientôt cinq ans, par l’intercession du Saint-Paraclet, je le sais bien. Et je sais qu’il le sait aussi. Sa sagesse lui vient de hautes écoles et d’une pratique longue, à la fois spirituelle et stratégique, comme timonier de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, une héritière soft de l’Inquisition qu’il condamne, bien sûr.

J’admets pourtant qu’il la tient d’une expérience récente –la papale – qui doit être d’autant plus difficile que tout y est précipité: les prières solennelles, les prises de position politiques, l’initiation aux techniques nouvelles de la communication: tout un maelstrom, un tourniquet d’images électroniques, qui ne sont pas de son âge et lui donnent un vertige permanent au cœur duquel il se sent obligé de se tenir droit tel un piquet planté dans un torrent.

Quel martyre inutile! Notre Seigneur, dont ce grand mitré se croit naïvement le vicaire, n’exigeait pas tant de souffrances prosaïques. Celles, un chouia plus cruelles, qu’il a subies lui-même à Gethsémani devaient suffire pour tout le monde.

Et si les papes relisaient attentivement l’Evangile?

 

02/03/2010

Reptiles d’ici, d’outremer et du folklore

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Bientôt les serpents suisses auront-ils droit eux aussi à un avocat? La question est, si j’ose dire, piquante, car parmi mes amis du barreau je n’en vois guère qui se frotteraient volontiers aux écailles de cette nouvelle catégorie de clients. Cela dit, dans nos régions, les reptiles autochtones ne sont pas légion: la vipère péliade et l’aspic vivent discrètement dans les épierrements des Alpes et du Jura. Quelquefois sous la treille de Lavaux pour y traquer le lézard des murailles. L’inoffensive couleuvre verte et jaune se planque dans les buissons. Celle dite d’Esculape (la même qui s’entortille sur l’enseigne des pharmacies) erre en spectre fabuleux sur les berges de la Veveyse ou de l’Areuse. D’elle procède la légende de la Vouivre, femme-serpent responsable de crues dévastatrices et dévoreuse de voyageurs. Une Mélusine jurassienne, qui a inspiré comme on sait Marcel Aymé, et que des bardes locaux (affreusement misogynes) avaient curieusement associée à la reine Berthe, la plus débonnaire suzeraine du Xe siècle. Elle filait la laine, aimait les pauvres, protégeait les abbatiales. Mais elle était femme, donc avatar d’Eve - cette aïeule universelle qui faisait un peu trop ami-ami avec un certain ophidien…

 

Mais si les serpents vaudois ne courent pas nos rues, ceux des savanes africaines, de la prairie texane ou de l’Inde s’acclimatent de mieux en mieux dans certains appartements chauffés ad hoc. Leur propriétaire leur voue une fascination lointaine: on ramasse d’abord un orvet des bords de la Menthue juste pour effrayer les frangines. Suivent une visite scolaire du Vivarium de Monsieur Garzoni, des safaris à vingt ans, des tours du monde à trente. A présent, l’herpétologue amateur collectionne et nourrit (de rats surgelés…) des crotales vivants par dizaines, des najas, des mambas et des pythons. Comme d’autres cultivent l’orchidée du Japon ou le kiwi des antipodes. Ses avant-bras sont couturés de morsures bifides, la chitine des mues lui donne de l’urticaire, mais il se dit le plus heureux des hommes.